Dimensionner la batterie d'un site isolé
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La batterie : autonomie et vieillissement
100 Ah, mais combien d’énergie ?
Une batterie s’annonce en ampères-heures, une consommation se compte en wattheures, et le passage de l’un à l’autre se fait par la tension : 12 V × 100 Ah = 1 200 Wh. Si cette conversion n’est pas encore un réflexe, le cours Puissance et énergie la détaille pas à pas.Mais ces 1 200 Wh sont un chiffre de catalogue. Sur le terrain, on ne vide jamais une batterie entièrement, et la part qu’on s’autorise à sortir dépend entièrement de sa chimie.Cette part porte un nom : la profondeur de déchargeDoD, depth of discharge : le pourcentage de la capacité que l’on retire avant de recharger. Une DoD de 50% signifie qu’on s’arrête à moitié pleine.. Un plomb s’arrête vers 50%, sous peine de se détruire en quelques mois ; une LFP accepte couramment 80 à 90%. D’où le résultat du graphique : deux étiquettes identiques, et presque deux fois plus d’énergie disponible d’un côté que de l’autre.
C’est la première raison pour laquelle comparer deux batteries au prix de l’ampère-heure n’a aucun sens. La seconde viendra à l’écran suivant, avec le nombre de cycles.
La capacité dépend aussi du régime :
Regardez la fiche technique de près : la capacité n’est jamais donnée seule, mais accompagnée d’une mention du type C20, C10 ou C5La durée sur laquelle la batterie est vidée pour mesurer sa capacité. C20 signifie une décharge étalée sur 20 heures, soit 5 A pour 100 Ah.. Une même batterie plomb annoncée 100 Ah en C20 n’en rendra qu’environ 80 si on la vide en cinq heures. Les fabricants choisissent évidemment le régime le plus flatteur ; c’est légal, et c’est piégeant. Nous verrons pourquoi au troisième écran.
Calcul guidé, la capacité à acheter : supposons qu’il faille disposer de 1 000 Wh réellement utilisables sur un parc 12 V.
• En plomb, DoD 50% : 1 000 / 0,5 = 2 000 Wh, soit 2 000 / 12 ≃ 167 Ah
• En LFP, DoD 85% : 1 000 / 0,85 ≃ 1 176 Wh, soit 1 176 / 12 ≃ 98 Ah
Pour le même service rendu, il faut donc acheter 1,7 fois plus d’ampères-heures en plomb. Le rendement de charge, lui, n’entre pas ici : il a déjà été compté dans la cascade du premier chapitre.
• En plomb, DoD 50% : 1 000 / 0,5 = 2 000 Wh, soit 2 000 / 12 ≃ 167 Ah
• En LFP, DoD 85% : 1 000 / 0,85 ≃ 1 176 Wh, soit 1 176 / 12 ≃ 98 Ah
Pour le même service rendu, il faut donc acheter 1,7 fois plus d’ampères-heures en plomb. Le rendement de charge, lui, n’entre pas ici : il a déjà été compté dans la cascade du premier chapitre.
⚠ 50%, ce n’est pas 50% toutes les nuits. La profondeur admissible d’un plomb est une limite basse occasionnelle, pas un régime de croisière. Descendre à moitié chaque soir, douze mois par an, use le parc bien plus vite que la fiche technique ne le laisse croire. En usage quotidien, un plomb se dimensionne plutôt sur une décharge de 30%, en gardant les 50% pour les mauvais jours. Le chiffre du fabricant décrit ce que la batterie supporte, pas ce qu’elle apprécie.
Vider moins pour obtenir plus
Un cycleUne décharge suivie d’une recharge. En site isolé, c’est une nuit : la batterie se vide le soir et se remplit le lendemain. Comptez donc environ 365 cycles par an. coûte quelque chose à la batterie, et ce coût dépend de la profondeur à laquelle on l’a vidée. Un plomb tolère quelques centaines de décharges profondes, mais plus d’un millier de décharges légères. Le rapport n’est donc pas proportionnel, et c’est ce qui rend le résultat surprenant.Multipliez l’énergie sortie à chaque cycle par le nombre de cycles tenus, et vous obtenez tout ce que la batterie aura fourni avant de mourir. Le classement s’inverse : la batterie ménagée à 30% rend un tiers d’énergie de plus que celle qu’on vide à 80%, alors qu’elle en donne moins chaque nuit.Autrement dit, surdimensionner un parc plomb n’est pas un caprice de confort : c’est la façon la moins chère de l’exploiter. Une batterie deux fois plus grosse travaille deux fois moins profondément, et vit bien plus du double.
Ces valeurs sont des ordres de grandeur ; chaque fabricant publie sa propre courbe cycles-profondeurElle figure dans la fiche technique, souvent sous le nom de cycle life versus depth of discharge. C’est le document le plus utile pour comparer deux modèles., et les écarts entre gammes sont importants.
Le vrai prix, c’est celui du kWh cyclé :
Comparer deux batteries à leur prix d’achat revient à comparer deux voitures sans regarder leur kilométrage. La bonne unité est le prix de l’énergie qu’elles auront laissé passer sur toute leur vie.
Calcul guidé, le coût au kWh cyclé (prix indicatifs, à vérifier au moment de l’achat) :
• Plomb AGM 12 V 100 Ah, environ 250 €, exploité à 50% : 420 kWh sur sa vie, soit 250 / 420 ≃ 0,60 € le kWh
• LFP 12 V 100 Ah, environ 600 €, exploitée à 80% : 1,02 kWh × 4 000 cycles ≃ 4 100 kWh, soit 600 / 4 100 ≃ 0,15 € le kWh
La lithium coûte deux fois et demie plus cher à l’achat, et quatre fois moins cher à l’usage. C’est le calcul que ne fait jamais l’acheteur pressé.
• Plomb AGM 12 V 100 Ah, environ 250 €, exploité à 50% : 420 kWh sur sa vie, soit 250 / 420 ≃ 0,60 € le kWh
• LFP 12 V 100 Ah, environ 600 €, exploitée à 80% : 1,02 kWh × 4 000 cycles ≃ 4 100 kWh, soit 600 / 4 100 ≃ 0,15 € le kWh
La lithium coûte deux fois et demie plus cher à l’achat, et quatre fois moins cher à l’usage. C’est le calcul que ne fait jamais l’acheteur pressé.
Et le temps qui passe, même sans rien faire :
Une batterie ne meurt pas seulement d’avoir travaillé, elle meurt aussi de vieillesseLe vieillissement calendaire : corrosion des grilles en plomb, dégradation chimique des électrodes en lithium. Il court même sur une batterie au repos.. Inutile donc de dimensionner un parc plomb pour quinze ans de cycles : il sera parti bien avant, surtout sous notre climat.
⚠ La chaleur tue plus vite que les cycles. Pour un plomb, la règle empirique est brutale : dix degrés de plus divisent la durée de vie par deux. Un parc logé dans un cagibi sous tôle à 45 °C ne tiendra pas le quart de ce qu’il aurait tenu dans une pièce à 25 °C, quel que soit le soin apporté aux réglages de charge. Sous les tropiques, le local technique ventilé, à l’ombre et hors des combles, fait plus pour la durée de vie du parc que n’importe quel régulateur haut de gamme.
Plus on tire fort, moins il y en a
Une batterie plomb annoncée 100 Ah ne contient pas 100 Ah en toutes circonstances. Vidée doucement, elle tient parole ; vidée brutalement, elle rend nettement moins. Ce phénomène porte le nom du chimiste qui l’a mis en équation en 1897, l’effet PeukertIl traduit le fait qu’à fort courant, les réactions chimiques n’ont pas le temps d’atteindre le cœur des plaques : une partie de la matière active ne participe pas..La courbe rouge parle d’elle-même : la même batterie rend 100 Ah à 5 A, 76 Ah à 20 A, et à peine 55 Ah si on lui demande 100 A. Rien n’est cassé, rien ne fuit ; l’énergie manquante redeviendra disponible si l’on ralentit, mais sur le moment elle n’est pas là.La courbe verte explique une bonne part du succès du lithium en site isolé : son coefficient de PeukertVoisin de 1,20 pour un plomb ouvert, de 1,10 à 1,15 pour un AGM, et pratiquement de 1,00 pour une LFP : dans ce dernier cas, la capacité ne dépend presque plus du régime. est proche de 1. Une LFP donne à peu près la même chose quel que soit le débit, ce qui simplifie radicalement le dimensionnement.
Pourquoi cela compte en site isolé :
Parce que les gros appels de courant y sont fréquents et brefs : démarrage d’une pompe, plaque à induction, machine à laver en phase de chauffe, le tout ramené à une tension de parc faible, donc à des ampères nombreux. Un parc 12 V encaisse des dizaines d’ampères là où un parc 48 V n’en verrait que le quart ; c’est un argument de plus pour monter en tension, et nous y revenons à l’écran suivant.
Calcul guidé, la pompe : une pompe de 400 W sur un parc 12 V tire environ 33 A.
• Calcul naïf : 100 Ah / 33 A = 3 h d’autonomie
• Avec Peukert, la batterie ne rend que 68 Ah à ce régime : 68 / 33 ≃ 2 h
Un tiers de l’autonomie espérée s’est évaporée, sans la moindre panne. Sur un dimensionnement calculé au plus juste, c’est exactement ce qui fait tomber l’installation la nuit du premier orage.
• Calcul naïf : 100 Ah / 33 A = 3 h d’autonomie
• Avec Peukert, la batterie ne rend que 68 Ah à ce régime : 68 / 33 ≃ 2 h
Un tiers de l’autonomie espérée s’est évaporée, sans la moindre panne. Sur un dimensionnement calculé au plus juste, c’est exactement ce qui fait tomber l’installation la nuit du premier orage.
⚠ Ne jugez jamais une batterie pendant qu’elle travaille. Sous fort courant, sa tension chute par simple effet de sa résistance interneQuelques milliohms, mais 5 mΩ traversés par 100 A font déjà 0,5 V de chute, qui disparaît dès que le courant cesse., et l’afficheur annonce une batterie à plat qui ne l’est pas. Pour lire un état de charge sur la tension, il faut au moins deux heures de repos, sans charge ni recharge. Et c’est aussi pour cela qu’un convertisseur se coupe parfois au démarrage d’un gros appareil : ce n’est pas la batterie qui est vide, c’est le seuil de coupure qui a été franchi le temps de l’appel de courant.
Combien d’ampères-heures, et sous quelle tension ?
Tous les éléments sont maintenant réunis pour dimensionner le parc. Une seule formule suffit :Capacité (Ah) = énergie quotidienne × jours d’autonomie / (tension du parc × profondeur de décharge)
Calcul guidé, la kaz du premier chapitre : 1 346 Wh par jour, 2 jours d’autonomie, parc en 24 V.
• En plomb, profondeur 50% : (1 346 × 2) / (24 × 0,5) = 2 692 / 12 ≃ 224 Ah
• En LFP, profondeur 85% : 2 692 / (24 × 0,85) ≃ 132 Ah
On retrouve le rapport de 1,7 entre les deux chimies, déjà rencontré au premier écran du chapitre.
• En plomb, profondeur 50% : (1 346 × 2) / (24 × 0,5) = 2 692 / 12 ≃ 224 Ah
• En LFP, profondeur 85% : 2 692 / (24 × 0,85) ≃ 132 Ah
On retrouve le rapport de 1,7 entre les deux chimies, déjà rencontré au premier écran du chapitre.
Combien de jours d’autonomie :
Un seul jour ne laisse aucune marge : la première journée grise vous met dans le noir. Deux à trois jours constituent le choix courant, et c’est déjà confortable si la production est correctement dimensionnée sur le mois défavorable.
Au-delà, la note grimpe vite pour un bénéfice rare. Viser une semaine d’autonomie revient à payer un parc énorme qui passera l’essentiel de l’année presque plein, ce qui ne lui fait aucun bien. Pour les épisodes vraiment longs, cyclones ou semaines de pluieQuelques jours sans production notable. La réponse économique n’est pas la batterie, mais un petit groupe électrogène d’appoint, ou simplement la décision de réduire la consommation pendant l’épisode., on prévoit autre chose que du stockage.
12, 24 ou 48 V :
La tension du parc n’est pas un détail de catalogue, c’est elle qui fixe les ampères qui circuleront partout ailleurs.Quatre fois moins de courant, cela veut dire des câbles quatre fois plus fins à chute de tension égale, des fusibles et des sectionneurs courants au lieu de pièces spéciales, et des pertes en ligne divisées par seize, puisqu’elles varient comme le carré du courant. L’effet Peukert, lui aussi, s’efface : à 42 A, un parc travaille tranquillement là où 167 A le mettraient à la peine.
En pratique, on reste en 12 V pour les très petites installations et le nomade, on passe en 24 V dès qu’une maison est alimentée, et on monte en 48 V au-delà de deux à trois kilowatts-crête. Autre avantage discret du 48 V : c’est la tension où se trouve aujourd’hui le plus grand choix d’onduleurs hybrides et de batteries lithium en rack.
⚠ Ne complétez jamais un parc existant avec une batterie neuve. Mise en parallèle d’une ancienne, la neuve se vide pour la remplir, et les deux s’alignent sur la plus faible : vous aurez payé une batterie pour tuer la vieille plus vite. Même règle pour le mélange des capacités, des marques et surtout des chimies. Un parc se remplace en entier, d’un coup, avec des éléments identiques et du même âge.
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Cours extrait du parcours : SOLAIRE






